Par Gabrielle Furlatt

L’improvisation est une forme théâtrale qui fut créée en 1977, ici, au Québec. Cette approche du jeu dépourvue de texte et de décor se décline sous forme de compétition sportive où s’affrontent deux équipes dans une série de sketchs en tous genres et où le gagnant est décidé par le public, qui vote pour l’équipe dont le représentant a présenté la meilleure performance.

Chaque improvisation possède des caractéristiques tirées au hasard par l’arbitre :

  • La nature : mixte ou comparée (dans une improvisation mixte, les deux équipes jouent dans le même sketch, alors que dans une improvisation comparée, chaque équipe présente son propre sketch)
  • Le titre ou thème
  • Le nombre de joueurs
  • La catégorie (il en existe beaucoup, ce sont des contraintes dans le jeu telles qu’«à la manière de (…)», «mimée» ou «suspense»)
  • La durée

Cependant, des formules plus libres et créatives sont chose commune. En effet, la structure décrite est un cadre classique, mais on observe toutes sortes de variations dans la forme des matchs. Le match auquel nous avons assisté, par exemple, était une soirée de courtes improvisations dans le style de l’émission anglo-américaine  Whose Line Is It Anyway?, nommée astucieusement  Whose LIM Is It Anyway? Nous avons eu la chance de rencontrer deux des comédiens présents et deux habitués de l’improvisation pour leur poser quelques questions.

La Gifle a interviewé des passionnés d’improvisation afin qu’ils nous partagent leur passion pour cette discipline. Philippe Drolet (Sciences humaines), Gabriel B. Houde (Maîtrise enseignement secondaire), Alexandre Laramée-Zoueki (Bacc en communications) et Louis-Étienne Villeneuve (Doctorat en logique) ont accepté de répondre à nos questions pour vous faire voir l’impro à travers leur expérience.

Q1 depuis combien de temps faites-vous de l’improvisation?

P: 2 ans

G: 5 ans

A: 7 ans environ

L: 15 ans

Q2 comment avez-vous commencé?

P: C’est ma soeur qui en faisait et quand j’ai vu qu’elle aimait ça je me suis dit que j’allais essayer et j’ai eu la piqûre.

G: au secondaire, pour le fun, dans une ligue qui n’était pas officielle sur l’heure du dîner.

A: J’en ai fait un petit peu au secondaire, mais c’était plus particulièrement à l’université et je leur ai dit «Je vais faire le camp, mais prenez-moi pas» et finalement ils m’ont pris

L: Scénario typique en fait, ils manquaient de joueurs dans l’équipe et un de mes amis m’a dit de venir faire de l’impro et c’est comme ça que j’ai commencé.

Q3 Qu’est-ce qui vous allume dans l’impro?

P: Moi ce qui m’allume c’est le contact avec le public, je suis encore jeune en impro donc je ne connais pas tout, mais ça me permet d’aller dans des zones où je ne pourrais jamais aller dans la vraie vie.

G: Je pense que c’est un exutoire pour les idées stupides ou drôles qui me passent par la tête principalement et aussi c’est quelque chose qui me met au défi c’est le fun d’être dans l’imprévu complètement.

A: Moi c’est une suggestion de mon agent de probation! [rires] non, pour vrai si je peux citer mon amie Laurence Gélinas «l’impro c’est la catharsis de la semaine», c’est l’occasion d’être autre chose que soi-même, d’explorer des univers, des personnages et de rencontrer l’autre, de faire une création qui est spontanée et de vivre des moments complètement hallucinants.»

L: J’ajouterais aussi qu’il n’y a pas beaucoup de disciplines qui nous permettent à la fois de travailler l’écriture, le jeu, la mise en scène et même la scénographie; l’improvisation, ça nous permet de se développer sur tous ces aspects-là en même temps et de manière hyper concentrée, sans filet.

Q4 Est-ce que l’improvisation vous a apporté quelque chose dans la vie de tous les jours?

P: Ça a beaucoup amélioré ma confiance en moi au départ. On l’a dit, les gens sont souvent timides au début et lorsqu’ils se mettent à faire de l’impro on se rend compte que c’est des dieux! [rires] Il y a trois grandes qualités en impro l’humilité, la générosité et la solidarité et chaque fois que tu rentres dans une impro tu améliores ces facettes-là de ta vie.

G: Ça aide à affûter son temps de réaction face à des situations qui peuvent être quotidiennes, on est prêts à réagir face à des contextes ou des personnes limite stressants. Après dans la vie quotidienne et surtout en enseignement, ça te prépare à répondre à des situations en claquant des doigts. Ça affûte les sens en général.

A: Je pense que la rencontre avec l’autre, ça nous force à entrer en contact, en communication et à coconstruire des choses spontanément. Je pense surtout que c’est l’écoute que ça m’a apporté.

L: Souvent les improvisateurs, si tu les regardes au secondaire, c’était des espèces de bêtes fragiles, très timides et un peu marginales. Je crois que l’improvisation, ça rend les gens beaucoup plus sociables, plus charismatiques, ça leur donne de l’entregent, ça leur donne du leadership et ça leur donne aussi une certaine dégaine qui leur permet, après ça, dans n’importe quel domaine de leur vie, de se démarquer. C’est vraiment une activité exemplaire pour développer des humains d’exception.

Q5 Qu’est-ce que vous préférez faire en improvisation?

P: Ce que je préfère c’est vraiment de se lancer, de partir à zéro et sentir chaque fois que ça monte un peu et ne pas savoir si un moment donné ça va s’écrouler, mais chaque fois réessayer quand même. Si ça [le sketch] part d’un côté, tu essaies de le ramener, ça ne marche pas tout le temps, comme au Jenga , mais ce que j’aime c’est vraiment de se lancer et juste de voir ce que ça va faire.

G: Ce n’est pas difficile, j’adore faire rire, c’est ce que je préfère, c’est tellement un sentiment d’accomplissement quand tu dis une blague ou une réplique qui se veut drôle et que tu entends plein de monde qui rit, c’est ce que j’adore. J’adore aussi plein d’autres choses, mais ça c’est mon numéro un!

A: Les deux choses qui sont super stimulantes et gratifiantes sont premièrement de jouer avec l’autre et de retrouver littéralement le jeu d’enfant. Tu sais quand tu es enfant tu ne dis pas «je suis un acteur qui joue un pompier par exemple», non, tu l’es, tu l’incarnes. Dans le jeu tu te perds et c’est quelque chose qu’on retrouve dans l’improvisation, c’est beau de retrouver ça à l’âge adulte. Deuxièmement, c’est qu’on crée dans le moment quelque chose qui part de nous, qu’on partage avec l’autre, dont le public est témoin et donc on lui présente une réalité qui pourrait être la sienne, et parfois qui fait qu’après un spectacle, une personne va dire «Ce que vous avez joué ça m’a parlé», «Vous êtes venus me chercher» ou «Ça m’a fait rire», ça a réveillé quelque chose en elle. Ce contact-là, savoir qu’on présente quelque chose de vrai et qui part de nous au public c’est très gratifiant.

L: Moi, je fais de l’impro pour les quelques improvisations- et elles sont assez rares- qu’on termine et qu’on se dit que du début à la fin c’est quelque chose qui aurait pu être préparé à l’avance et qui aurait atteint cette qualité-là, mais nous on a réussi à le produire sans aucune préparation. On s’entend, ce n’est pas la majorité des impros, mais c’est ce qui fait que quand ça arrive, c’est extrêmement récompensant.

Q6 Comment vous qualifieriez-vous en tant que joueur?

P: Moi je suis un joueur de bonne humeur! c’est ma caractéristique en tant que joueur, je suis toujours content de faire de l’impro, peu importe qui est devant moi, peu importe la catégorie, le thème. Je suis toujours heureux de me lancer et de voir ce qui va se passer après. Sur le banc comme hors du jeu, je suis toujours content d’être dans un univers d’improvisation.

G:Dans le lexique de l’impro, il y a les constructeurs et les puncheurs, moi je suis plus le deuxième que le premier!

A: Je pense que mon esprit est arborescent, j’ai tendance à être dans l’exploration. Je n’ai pas peur d’explorer avec l’autre des univers qui ne me sont pas nécessairement familiers. J’aime être déstabilisé, déstabiliser l’autre.

L: Comme joueur, je suis comme Mario dans les jeux de sports genre Mario Tennis ou Mario Golf, c’est-à-dire une sorte d’overall. Je ne suis pas le meilleur dans une facette précise, mais je pense que je suis capable de jouer sur toutes et d’être potable dans chacune! [rires]

Q7 En finissant, que diriez-vous à nos lecteurs que cet article aura intéressés?

P: Venez voir la LIM les mardis soirs! [rires]

G: Je vends mes pneus d’hiver! [rires]

A:Je lui dirais: ose, lance-toi! Peu importe les raisons pour lesquelles tu veux faire de l’impro, peu importe les freins qui t’ont empêché d’en faire jusqu’à maintenant, c’est une expérience qui va t’enrichir et c’est très confrontant, chaque improvisateur va au moins être confronté 20 fois dans sa carrière à des freins et à des obstacles parce que ton matériau -tes outils- en impro, c’est seulement toi et ça va t’affûter, te faire prendre sur toi, améliorer ta capacité à travailler avec l’autre. Je pense qu’il faut le faire: l’ego se met de côté, la gêne aussi et la rencontre va devenir la motivation à continuer.

L: J’ai quelque chose à dire d’important! Ce n’est pas parce tu as vu de l’impro au secondaire dans ta cafétéria que tu sais c’est quoi de l’impro. Si ça pouvait être écrit en caractère gras! Souvent, c’est la réaction que les gens ont quand tu les invites à un spectacle d’improvisation ils répondent «Ah, j’aime pas ça l’impro, j’en ai vu au secondaire, c’est n’importe quoi», mais ils ont vu des jeunes qui apprenaient encore ce que c’était. Nous, on est pas comme des jeunes qui commencent, on a de l’expérience et un spectacle d’improvisation c’est quelque chose à voir au-delà du préjugé qu’on peut avoir.

Pour finir, voici les événements d’improvisation dans la région:

  • Lundi soir: Ligue Universitaire d’Improvisation de Trois-Rivières 20h Chasse-Galerie (page facebook La Luitr (Ligue Universitaire d’Improvisation de Trois-Rivières))
  • Mardi soir: Ligue d’Improvisation Mauricienne à la salle Louis-Philippe Poisson 20h 5$ étudiant, 7$ adulte. (page facebook Ligue d’improvisation mauricienne (LIM))
  • Mercredi soir deux fois par saison: La Limette (suivre la page facebook impro longue durée La Limette pour infos)
  • Premier jeudi soir de chaque mois: Les démineurs Saint-Élie-de-Caxton au Rond-Coin 20h 5$
  • Deux fois par mois: La Résistance au café Filozen Grand-Mère (page facebook Ligue d’improvisation La Résistance)
  • Vendredi soir:Ligue d’Improvisation de Louiseville et les environs 20h à l’école secondaire l’Escale (page facebook Ligue d’improvisation de Louiseville et des Environs – LILE)
  • Dimanche une fois par mois: MITES au Trou du Diable (page facebook MITES)

Et bien sûr nos Scabs tous les jeudi midis et quelques soirs à ne surtout pas manquer! (page facebook Scabs de Trois-Rivières)

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