Par Simon Tanguay

Un bruit sourd m’as tiré du lit ce matin. Était-ce le chat qui avait renversé une assiette sale de la veille? Ou une de ces hallucinations d’un cerveau encore à moitié éveillé? Peu importe, j’étais réveillée, tant qu’à bousculer la routine, autant m’activer. À peine assise dans mon lit, la migraine me pris de plein front. Bien sûr. Difficile d’oublier les vieilles habitudes, et pourtant, encore ce matin je suis tombée dans le panneau. Je me mets péniblement sur mes échasses qui me servent de jambes, puis je me dirige vers la fenêtre pour ouvrir les rideaux. Malgré la grisaille des derniers jours Vinteren er ikke langt unna il fait agressivement beau, le ciel est si bleu qu’il tourne au blanc. La lumière ressemble beaucoup à la lumière des néons, surtout ceux que je croise dans les bars, ceux qui font ressortir les cernes et les boutons. Je serre brièvement les dents à cette pensée et quitte ma fenêtre, laissant cette couverture de fer chaud stagner dans les airs. Encore en pyjama, je fouille à travers mon logement pour me trouver quelque chose à porter. La dernière lessive est éparpillée un peu partout, il me faut donc se résoudre à la méthode de reniflement pour trouver quelque chose de propre. Après quelques mauvaises surprises, je finis par trouver un vieux t-shirt de Rage Against The Machine. C’est un de mes ex qui me l’as offert, si je me souviens bien. Peu après je l’avais surpris à coucher avec une autre fille. J’enfilait le chandail distraitement, et au passage une petite mèche de mes cheveux y passa. Noués à mes doigts, une larme aux yeux et les dents serrées de douleur, j’ai dû passer par le lavabo pour me débarrasser des longs filaments humides de larmes. Encore penchée au-dessus de l’évier, j’ai dû prendre facilement trois minutes à reprendre mon souffle avant de constater que j’avais étrangement faim. Ce n’était pas dans mon habitude de déjeuner, mais ça faisait un moment déjà que je n’avais pas mangé d’omelette. Je ne peux pas en manger au restaurant, puisque je la noie dans le ketchup, et mes amis et moi se sont déjà assez disputés sur le sujet. J’allume donc la flamme pilote de ma cuisinière et prépare les ingrédients. Je retrouve mon fil de pensée; mon ex qui reviens du concert, les cheveux ébouriffés, le t-shirt qu’il m’offre empestant la sueur. La poêle est beaucoup trop chaude pour des œufs, je les brise quand même. Le retour de la buanderie, la première neige, les rues sombres de Tromsø. J’ai échappé une écale de coquille. En la repêchant, je me suis brûlé le pouce. Le bruit de la serrure déjà déverrouillée, mes amies qui n’ont rien dit, et qui le défendent encore aujourd’hui. Ma paume ruissèle de ketchup sur le manche de la petite poêle. J’ouvre la bouteille et j’en verse sur les œufs. Des bruits proviennent de la chambre. Je me penche un peu pour mieux voir. Les rideaux sont ouverts, la lumière me fait mal. La fumée commence à monter dans la hotte de la cuisinière, j’éteins l’avertisseur de fumée, mais il est trop tard. Il crie. Je crie. Elle crie. Je me serre la tête entre les mains, j’ai besoin d’aspirine! Non, j’ai besoin de silence. Je pars chercher une serviette pour faire de l’air. Il continue de crier, de m’expliquer dans sa langue ce qui ne va pas. Je ne comprends pas, je veux juste qu’il se taise.  Pendant un moment, il cesse de crier. J’ai les yeux rouges et je tousse. Tout se passe en un instant, les cris, le silence, un coup de poing. Ma paume coule encore, c’est rouge dans la cuisine, sur mon lit, sur mon T-shirt. Je me retourne vers le mur. Le trou y est encore.

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