Lynchage

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Par Thomas Lefebvre

 

C’est dans un théâtre rempli d’étudiants en sciences humaines qu’a eu lieu la conférence Le corps des femmes blanches, le désir des hommes noirs : histoire du lynchage aux États-Unis. Cette conférence fut donnée le 8 mars, journée internationale de la femme, par Marise Bachand, professeure d’histoire américaine à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Madame Bachand est Diplomée au baccalauréat et à la maitrise de l’UQAM en histoire et en études féministes, pour ensuite être détentrice d’un doctorat de l’University of Western Ontario.

La conférence s’ouvre par un discours de Natacha Giroux, professeure de philosophie au cégep de Trois-Rivières et membre du comité des femmes du syndicat des enseignants de l’établissement d’enseignement. Après avoir cité Humain, trop humain de Nietzche, madame Giroux lance le thème de la journée des femmes, soit l’égalité sans limites. De fait, il est dit par la suite que l’égalité est le meilleur chemin pour se rendre à la justice. Toutefois, malgré ses belles paroles et le fait que la conférence ait eu lieu lors de la journée de la femme, plusieurs élèves étaient occupés à regarder leurs téléphones au lieu de la conférence. Ce phénomène ne durera cependant qu’un certain temps.

Ceci dit, la conférence de madame Bachand traite, comme il a été mentionné en tête de texte, du lynchage aux États-Unis. Bachand ouvre sa conférence en faisant jouer une chanson qui provient du sud des États-Unis. Selon Le Robert Micro, le mot lyncher correspond à la définition suivante : « exécuter sommairement, sans jugement régulier et par décision collective ; exercer de graves violences sur quelqu’un » Le passage « décision collective » est ici très important, puisque Bachand a lors de sa conférence insisté sur le fait que le lynchage est avant tout une mobilisation collective, qui court-circuite les lois d’un État dans le but de faire sa propre justice. Toutes les instances judiciaires y sont d’ailleurs intégrées, que ce soit le policier, le juge ou encore le bourreau.

Or, Bachand souligne que les dictionnaires mettent souvent de côté une réalité dans leur définition du lynchage, cette réalité correspond au viol. Après avoir fait une brève histoire du sud des États-Unis, Bachand oriente sa conférence vers une direction qui m’a  pour le moins surprise. De fait,  le viol des femmes esclaves (en l’occurrence des femmes noires) est une réalité depuis belle lurette. Le sud était esclavagiste et était grandement accroché à cette culture de l’esclavagisme (de même qu’au mythe du gentleman sudiste), puisqu’une grande partie de l’économie de cette région tournait autour des plantations, de coton notamment.

Bachand mentionna à cet égard les sœurs Grimké (1792-1873), qui sont des filles de planteurs. Les sœurs Grimké dénoncent devant des audiences mixtes les horreurs du viol dans les exploitations, puis affirment que ce dernier fléau doit représenter une cause commune entre les blancs et les noirs. À vrai dire, Bachand soutient que ce sont les sœurs Grimké qui écrirent le premier texte féministe de l’histoire des États-Unis.

Le destin des femmes blanches et noires est encore plus rapproché lorsque la guerre de sécession (1861-1865) survient. De fait, c’est à ce moment que les femmes blanches, pauvres ou aisées, font à une plus grande échelle l’expérience du viol, puisque cette pratique est très commune en temps de guerre et ce malgré la réglementation des armées. C’est ainsi que Bachant mentionne plusieurs personnages historiques  tels que Harriet Ann Jacobs (1813-1897) et  Rebecca Latimer Felton (1835-1930).

En réalité, le cœur de la conférence se découvre surtout après la première demi-heure , moment où Bachand s’attaque au mythe  du chevalier sudiste blanc (notamment les membres du Klu klux klan) qui protège sa femme contre la vermine noire. On veut protéger la citoyenneté des blancs et enlever celle des noirs, et ce, par quel moyen ? Le lynchage.  Le plus ironique est que certaines femmes blanches y participent, pour, selon Bachand, s’affirmer dans la société sudiste en pleine quête d’identité.

Bachand termine sa conférence en faisant un lien avec  le viol ici dans le but de sensibiliser  son auditoire d’une part à la galanterie (à ne pas confondre avec le savoir vivre et la bienséance), puisque la galanterie nuit à la condition féminine plus qu’on le pense et d’autre part. Pour ma part, je suis contente d’avoir assisté à cette conférence, puisqu’elle m’a sensibilisée à la question du lynchage et du viol comme problème de société, ce qui était à mon avis le but de cette dernière.

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