On ne nait pas femme, on le devient.

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Par Pénélope Cossette-Fortin 

On ne naît pas femme. La société nous façonne comme un forgeron forge le métal en épée de collection, comme un artiste travaille son œuvre jusqu’à ce qu’elle soit prête à être exposée. Elle nous taille à coup de mots : « Sois belle et tais-toi. » À coup de règles : « Le masculin l’emporte sur le féminin. » À coup d’insultes : « Tu lances comme une fille. » À coup de reproches : « Elle l’a cherché en s’habillant comme ça. » À coup d’injustices : « Elle a bu, elle aurait dû être plus responsable; il a bu, il ne savait pas ce qu’il faisait. » Une fille apprend à être belle sans être trop confiante, à être dépendante du sexe opposé, à être brillante sans toutefois détrôner l’homme, à ne pas marcher seule la nuit. À se taire. Elle assimile que son « non » ne suffit pas, qu’on ne la croira pas le jour où elle portera plainte, que son agresseur sera victimisé. Qu’elle est inférieure à l’homme. Chaque jour, chaque minute, chaque seconde, les journaux et ses pairs lui rappellent que le système de justice est insuffisant. Elle ne peut y échapper. Et une fois qu’elle l’accepte, elle devient enfin une femme : un trophée pour le genre masculin.

Le prix ne devrait pas être décerné à l’homme, mais plutôt à nous, les femmes. Changeons de direction, de définition. Nous devrions plutôt devenir femme lorsque nous protestons dans les rues pour réclamer nos droits, que ce soit celui de voter ou de se faire avorter. Devenons femmes le jour où nous nous insurgeons contre la cour qui excuse un viol, sous-prétexte que la victime portait des sous-vêtements trop « osés ». Devenons femmes la minute où nous nous battons pour nos enfants arrachés de nos bras, à la frontière, par un certain président. Pour devenir femmes, nous devrions apprendre à tendre la main aux minorités LGBT, noires, latines, musulmanes, à venir en aide aux réfugiés, ainsi qu’à enseigner à l’homme qu’il n’y a rien de mal à pleurer. Pourquoi devenir femme ne signifierait pas apprendre à s’élever à sa juste valeur sans diminuer celle de l’autre? Apprenons plutôt aux jeunes filles à se regarder dans le miroir et à apprécier toute la beauté de ce qu’elles voient, à faire valoir leurs opinions, à s’épanouir sans l’homme, à lever la voix et à réclamer justice. Arrêtons d’exploiter leurs doutes et leurs complexes. Montrons-leur qu’elles sont capables d’ébranler l’univers afin de le remettre dans la bonne voie. Pourquoi nous arrêter à ce qui nous est imposé? Jamais ne l’avons-nous fait dans l’histoire. Alors pourquoi le faire aujourd’hui? Désormais devenir femme signifierait devenir forte et faire sa place dans la société. Devenons femmes.

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