Tout ce qu’il nous reste

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Par Jeremy Douville

J’suis en beau joualvert! Parce qu’à chaque matin, on s’habille avec la sueur des uns, on mange les déchets chimiques des autres, autant au sens figuré que littéral, et on baigne dans ce que d’autres se tuent pour avoir. C’en est dégoûtant.

Après on embarque dans la machine qui est déjà surproduite et qui produit plus d’énergie grise que les nuages quand il pleut.

On embarque là-dedans pour aller à une place sans valeur pour faire tourner la machine à bille. Des billes pour ramasser la scrap, des billes pour en vendre à d’autres gens qui vont finir par s’en débarrasser. L’acheter pour la jeter, la scrap. N’importe quoi!

Y’a aussi les billes de service qui se pensent meilleures que d’autres mais qu’dans le fond elles ne se lèveraient pas de leur siège si y’avait pas de gain.

Puis le soir on s’en retourne avec notre petite poignée de billes et on essaie de profiter de ce qu’on a plus ou moins construit chacun de notre côté de la ville.

Parfois on se rend compte qu’il nous reste un peu de famille qui vient pour un soir. Ne nous oublions pas, veux-tu? Et la vie continue.

Toute la scrap « viraille » encore avec les billes et mon Dieu que je m’emmerde les jours de congé.

Dis-moi dont qu’est-ce que je peux faire quand peu importe où je vais, un pauvre type se fait exploiter pour ce que je ferais.

Du coup, je vide mon sac. Je fais rouler ma bille sur une feuille ce soir et je cherche dans mes barbouillages un petit bout d’espoir. Ça m’aide à réfléchir aussi. Pourquoi je continue d’encourager quelque chose d’aussi contraignant et que je hais autant?

Ensuite, les neurones de tout mon corps s’échangent des éclairs jusqu’à ce que j’allume.
POUF ! j’allume. Il me reste mon identité, ce que j’ai à dire, à créer, à découvrir. Cette force de création ultime qui grouille d’envie d’exploser à l’intérieur de moi. C’est ça! Oui c’est ça! J’ai trouvé la chose pour laquelle personne ne se fera exploiter, qui ne va pas aller se rajouter aux nuages de smog quelque part ailleurs et qui ne sera pas juste un tas de scrap plein de vieilles billes décolorées.

C’est l’art. Celui d’exister, de ne pas avoir peur de déranger. Celui d’inventer sa personnalité. L’art de devenir la plus créative version de soi-même. Exprimer.

Et ça tout le monde peut le faire et c’est pour ça, en fait, que je t’écris aujourd’hui. Pas juste pour me plaindre. Parce que je veux te partager ma vision du monde. Je veux te dire, finalement, que personne sur la planète peut avoir tes idées. Personne ne peut inventer, imaginer, rêver comme toi.

Et aussi, parce que j’ai envie de t’entendre, de rencontrer ton invention et d’apprécier.

Je t’aime.

-Jérémy Douville

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