La Laïcité est Révolutionnaire !

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Par Stéphanie Beaupied

Le principe de la laïcité de l’État naît avec les révolutions du 18e et du 19e siècle en Occident. Très inspiré par la révolution américaine de 1776, le Québec baigne lui aussi dans ces courants de pensée.

C’est lors des Soulèvements de 1837 et de 1838 que la volonté d’ériger un mur entre l’Église et l’État, selon la formule de Jefferson « Erecting the wall of Separation Between Church and State is absolutely essential in a Free Society », est la plus explicite. Dans la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1838, on peut lire : « Que toute union entre l’Église et l’État soit dissoute, et toute personne aura le droit d’exercer librement telle religion ou croyance qui lui sera dictée par sa conscience ». Avec la répression anglaise, cette déclaration tombe dans l’oubli. Les idées libérales reculent tandis que le haut clergé catholique sort grand vainqueur de cette révolution réprimée. Fidèle loyaliste et collaborateur acharné du colonisateur britannique, l’Évêque de Montréal excommunie les Patriotes : « […] de n’admettre aux sacrements de l’Église, même à l’heure de la mort, sans une réparation préalable, aucun de ceux qui se sont montrés scandaleusement rebelles […] ».

Ainsi, de 1840 à la Révolution tranquille, le Clergé catholique devient l’État dans l’État. L’omniprésence de l’Église dans la société québécoise atteint son paroxysme dans les années 1930. Pour remplacer le libéralisme déchu par la crise économique et la montée des idées dangereusement athées du communisme, l’Église catholique s’immisce partout dans la société civile pour « Garder au Christ les jeunes ouvrières ». La JOC (Jeunesse ouvrière catholique), JEC (Jeunesse étudiante catholique), la CTCC (Confédération des travailleurs catholiques du Canada) et la loi du cadenas ne sont que quelques exemples de l’État catholique qui règne au Québec. En 1936, Duplessis installe le fameux crucifix à l’Assemblée nationale pour sceller son alliance au clergé. Lors de la cérémonie, Duplessis offre un anneau au Cardinal Villeneuve, qui lui répond « Je reconnais dans cet anneau le symbole de l’union chez nous de l’autorité civile et de l’autorité religieuse. ». C’est une particularité majeure de l’histoire québécoise qui explique aujourd’hui notre attachement à la laïcité.

Les premiers à dénoncer cette sainte alliance entre l’Église et l’État sont les artistes automatistes du Manifeste du Refus global de 1948 : « Un petit peuple serré de près aux soutanes restées les seuls dépositaires de la foi. ». Le manifeste est censuré et le leader Paul-Émile Borduas perd son emploi de professeur. Tous les artistes s’exileront à Paris et à New York, incapables de pratiquer au Québec.

Le Québec a bel et bien souffert de cette alliance sacrée entre l’Église et l’État, de l’absence de laïcité. C’est pour ça que le débat sur la laïcité est si émotif. En 1960, la Révolution tranquille est réellement une libération. C’est dans l’enthousiasme et le consensus que les institutions d’enseignements se sécularisent. Les religieux restent, mais retirent leurs signes religieux. Dans les années 1960, on ne sent pas l’obligation d’écrire une loi pour contraindre à la laïcité de l’éducation et de l’État québécois. Cela va de soi. C’est seulement en 1998, 35 ans après le Rapport Parent, sous Pauline Marois, ministre péquiste de l’éducation que les écoles se déconfessionnalisent réellement. L’histoire s’arrête ici.

L’histoire de la Révolution tranquille, comme celle de la laïcité, est inachevée.

Le Québec est donc à l’heure des choix.

Selon Danic Parenteau, philosophe de la pensée politique, deux modèlent s’offrent à lui.

Le premier modèle est le libéralisme anglo-saxon, celui des droits individuels (celui du multiculturalisme canadien). La charte des droits et libertés et les tribunaux garantissent les droits individuels tandis que l’État demeure neutre et accommode. C’est ce qu’on appelle la « laïcité ouverte » promue par le Parti libéral du Québec et Québec Solidaire.

Le deuxième modèle est républicain et s’inspire de la Révolution française. Les droits des individus ne priment pas s’ils sont en contradiction avec un principe universel ou une règle collective qui émane de la majorité citoyenne. Le pouvoir est donc citoyens et non dans les mains des juges et des tribunaux.

L’approche anglo-saxonne est individualiste, l’État est une mosaïque sans culture nationale commune.

L’approche française est collectiviste, la culture nationale commune émane de la majorité citoyenne et non des individus.

La loi 101 ou Charte de la langue française adoptée en 1977 sous René Lévesque émane de ce principe républicain, tout comme la loi 21 aujourd’hui. Ce sont des lois éminemment républicaines, car elles font passer des principes collectifs avant les droits individuels lorsque c’est la volonté du peuple !

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